| Asunto: | [generourban] EN LIGNE: URB: Quand la Ville ne fait plus Societe (Esprit) | | Fecha: | Martes, 27 de Abril, 2004 16:35:43 (+0200) | | Autor: | Marie-Christine Lacoste <lacoste @..........fr>
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La Revue ESPRIT publie en ligne un bon texte
d'introduction de Jacques Donzelot :
La Nouvelle Question Urbaine
Voir sommaire du numéro de mars-avril 2004 en fin de message
"La Ville à Trois Vitesses"
http://www.esprit.presse.fr/bibliotheque/index2.cfm?id_texte=52
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La nouvelle question urbaine
Jacques Donzelot
Sociologue. A récemment coordonné le numéro d'Esprit «À quoi sert le
travail social», mars-avril 1998.
La question urbaine semble occuper en cette fin de siècle la
place qu'avait la question sociale à son début. Les reportages se
multiplient tant sur les banlieues à problèmes que sur les «ghettos
dorés», résidences sécurisées pour classes aisées. Si les premières ont
fait la une depuis plusieurs décennies, les secondes suscitent l'intérêt
depuis peu, à raison de l'expansion rapide des communautés fermées
(gated communities) en Amérique et de leur apparition en France.
L'idée de «fracture urbaine» semble ainsi prendre la relève de celle de
fracture sociale.
Cette question urbaine constitue-t-elle vraiment un problème nouveau ou
la seule illustration de la question sociale constitutive des démocraties
occidentales? De nombreux éléments militent en faveur de la seconde
hypothèse. N'est-ce pas pure tautologie que dire d'un problème qu'il est
urbain puisque nous vivons dans des sociétés de plus en plus urbanisées?
Que des problèmes sociaux se concentrent dans certaines parties de l'aire
urbaine prouverait bien qu'il y a un problème dans la ville mais
en rien de la ville. Au demeurant, les conflits et les fractures,
dites urbaines, n'auraient rien de bien nouveau. Ne les trouvait-on pas
déjà au début du XIXe siècle, quand la bonne société
s'inquiétait des barbares qui campaient aux portes de la cité? Que la
ville soit ainsi le théâtre de l'opposition entre riches et pauvres
depuis l'avènement du capitalisme a déjà fait couler tant d'encre qu'il y
aurait quelque naïveté à s'étonner de la dernière représentation d'une
pièce dont le texte est écrit depuis bien longtemps.
Je voudrais passer outre les préventions dont l'expression de «question
urbaine» se trouve l'objet et montrer que nous assistons même
actuellement à l'émergence d'une nouvelle question urbaine, sensiblement
distincte de celle qui a été problématisée durant les années 1960-1970
avec le débat devenu classique entre Henri Lefebvre, Manuel Castells et
quelques autres. Ces auteurs s'employaient à théoriser ce que les luttes
urbaines de l'époque dénonçaient dans la pratique: les méfaits de
l'urbanisme fonctionnel produit dans le cadre de la société industrielle,
la perte de qualité du cadre de vie qui résultait de la soumission
relative de l'urbain aux exigences de l'industrie. C'était la qualité
de la ville qui se trouvait alors en cause, la capacité de celle-ci à
faire place aux «usages» de ceux qui y habitent et non au seul souci de
l'échange marchand et de la production. À présent, ce qui fait question
dans l'urbain tient à la capacité politique de la ville à faire société,
tant la plèbe qui occupe les espaces résiduels de la ville industrielle
joue le rôle d'aiguillon d'une urbanisation affinitaire qui déporte ses
élus bien au-delà des zonages de l'urbanisme fonctionnel et les autorise
toujours plus à faire société pour eux-mêmes. Nous disons plèbe à dessein
car cette population n'entre guère en ligne de compte dans la production
de la richesse de la société. Elle vit des miettes qu'on lui concède plus
qu'elle n'y contribue. Elle n'est plus la base de la société mais sa
marge. Elle n'a plus de représentants, de tribuns capables de faire
entendre sa voix, de peser pour qu'on tienne compte d'elle, aussi
fait-elle sécession, à sa manière, comme la plèbe romaine autrefois
lorsqu'elle s'estimait niée par la République des patriciens. Sécession
dérisoire par le poids spécifique de cette population dans la société,
mais qui en révèle une autre, plus discrète, celle des classes aisées.
Dans le temps même où l'on commence à analyser la pauvreté comme le
résultat de handicaps multiples et variés, l'évitement des plus pauvres
que soi devient une manière de fuir le handicap qu'ils
représentent.
La ville éclate ainsi, comme les nations se balkanisent, par l'effet
d'une logique qui porte chacun à ne plus subir le préjudice économique,
sécuritaire, éducatif, qu'entraîne la proximité avec ceux qui n'ont pas
les mêmes avantages que soi1. Tel est actuellement le problème
de la ville. Il repose la question des termes de l'échange social pour
qu'existe un partage de l'espace. Il ne se limite donc pas à la seule
sollicitude envers un «public» particulier plus ou moins
spatialisé.
A suivre en ligne :
http://www.esprit.presse.fr/bibliotheque/index2.cfm?id_texte=52
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Esprit
Nº 303, mars-avril 2004
Éditorial: La France trop sûre d'elle-même
Introduction: Villes à plusieurs vitesses et économie d'archipel
Jacques Donzelot & Olivier Mongin
La ville à trois vitesses: relégation, périurbanisation,
gentrification
Jacques Donzelot
L'espace périurbain: un univers pour les classes moyennes
Marie-Christine Jaillet
Encadré: Gentrification: le tabou français
Catherine Bidou-Zachariasen
Que reste-t-il du projet social de la politique de la ville?
Christine Lelévrier
Encadré: La politique de la ville: un bilan en demi-teinte
Entretien avec Dominique Figeat
Quel avenir pour les périphéries urbaines?
Philippe Estèbe
Discrimination positive et quartiers pauvres: le malentendu
franco-américain
Thomas Kirszbaum
Encadré: Les lieux, les gens et les chiffres. Quels outils
statistiques pour comprendre les évolutions urbaines?
Entretien avec Éric Maurin
La mixité urbaine est-elle une politique?
Table ronde avec Jacques Donzelot, Daniel Béhar, François Dubet,
Philippe Genestier, Marie-Christine Jaillet, Christine Lelévrier et Marco
Oberti
L'étalement de la ville américaine. Quelles réponses politiques?
Cynthia Ghorra-Gobin
Encadré: La gentrification comme stratégie urbaine globale
Neil Smith
Une métropole des marges de la mondialisation. L'exemple du
Caire
Leïla Vignal
La mondialisation et les métamorphoses de l'urbain. Mégacités,
"villes globales" et métropoles
Olivier Mongin
L'art de marcher dans la ville
Thierry Paquot
L'expérience de la ville démocratique
Olivier Mongin
L'Europe: civilisation urbaine
Claude Lefort
Vers la ville globale: monument, machine, réseau
Marcel Hénaff
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Marie-Christine LACOSTE, CNRS, Information Scientifique
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